Quand un salarié en CDD se voit proposer un CDI dans la même entreprise, la question financière arrive vite sur la table. L’indemnité de fin de contrat, souvent appelée prime de précarité, représente une part non négligeable de la rémunération perçue pendant le CDD. Simuler le passage CDD en CDI et son impact sur l’indemnité de fin de contrat permet de mesurer ce que l’on perd, mais aussi ce que l’on gagne à moyen terme.
Indemnité de fin de contrat CDD : ce que le Code du travail prévoit
Le salarié en CDD perçoit, à l’issue de son contrat, une indemnité de précarité. Le Code du travail fixe son montant minimal à une fraction de la rémunération brute totale versée pendant la durée du contrat. Certaines conventions collectives prévoient un taux différent, parfois plus favorable, parfois assorti de contreparties (accès à la formation, par exemple).
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Cette indemnité compense la situation précaire du CDD par rapport au CDI. Elle est versée avec le solde de tout compte, en même temps que l’indemnité compensatrice de congés payés si des jours restent à prendre.
Un point souvent mal compris : l’indemnité de précarité n’est pas due dans tous les cas. Si le salarié refuse un CDI proposé par l’employeur pour un emploi similaire, ou si le CDD se transforme directement en CDI sans interruption, la prime disparaît. C’est précisément ce mécanisme qui crée un enjeu financier lors du passage en CDI.
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Simulation passage CDD en CDI : calculer la perte immédiate
Le raisonnement de base est simple. En acceptant un CDI dans la continuité du CDD, le salarié renonce à l’indemnité de précarité. Pour simuler cette perte, il faut additionner l’ensemble des salaires bruts perçus pendant le CDD et appliquer le taux prévu par la convention collective ou, à défaut, le taux légal.

Prenons un contrat de plusieurs mois avec un salaire brut mensuel stable. La simulation revient à multiplier ce salaire par le nombre de mois travaillés, puis à appliquer le pourcentage de l’indemnité. Le résultat donne le montant brut que le salarié ne percevra pas en signant un CDI.
Quelques variables compliquent le calcul :
- Les primes exceptionnelles, heures supplémentaires et avantages en nature versés pendant le CDD entrent dans la base de calcul de l’indemnité de précarité.
- Si le CDD a été renouvelé, la totalité de la période (contrat initial plus renouvellement) sert de référence.
- Le taux applicable dépend de la convention collective de l’entreprise, qui peut prévoir un montant supérieur au minimum légal.
La perte est donc directe, immédiate et calculable. C’est un montant brut dont il faut encore déduire les cotisations sociales et l’imposition pour obtenir le net réellement perdu.
Ce que le CDI rapporte et que la simulation oublie souvent
Se limiter à la perte de l’indemnité donne une vision tronquée. Le passage en CDI modifie la structure de rémunération et les droits du salarié sur le long terme.
L’ancienneté acquise en CDD est reprise dans le CDI lorsque le contrat se poursuit sans interruption. Cette ancienneté pèse sur plusieurs postes : calcul des indemnités de licenciement, progression salariale conventionnelle, droits à congés supplémentaires dans certaines branches.
Le CDI ouvre aussi l’accès à des dispositifs auxquels le CDD ne donne pas toujours droit en pratique. L’intéressement, la participation aux bénéfices ou les plans d’épargne salariale sont souvent conditionnés à une présence minimale dans l’entreprise. Un salarié en CDI y accède plus facilement.
La question du crédit immobilier ou du bail locatif n’est pas anecdotique non plus. Un CDI reste le sésame demandé par la majorité des banques et des bailleurs. Ce gain, impossible à chiffrer dans une simulation classique, pèse dans la décision.
Indemnité de licenciement CDI contre indemnité de précarité CDD : le vrai comparatif
Si le CDI prend fin ultérieurement (licenciement, rupture conventionnelle), le salarié percevra des indemnités calculées sur son ancienneté et son salaire de référence. Comparer ces deux mécanismes éclaire la simulation.
L’indemnité légale de licenciement se calcule à partir du salaire brut moyen et de l’ancienneté dans l’entreprise. Plus le salarié reste longtemps en CDI, plus le montant potentiel dépasse celui de la prime de précarité initiale.
La rupture conventionnelle donne droit à une indemnité au moins égale à l’indemnité légale de licenciement, plus l’ouverture des droits à l’assurance chômage. Un salarié qui quitte un CDI après plusieurs années récupère donc souvent bien plus que la prime de précarité à laquelle il avait renoncé.
En revanche, si le CDI est rompu pendant la période d’essai, le salarié ne perçoit ni indemnité de licenciement ni indemnité de précarité. C’est le scénario défavorable à intégrer dans la simulation.
Les paramètres à vérifier avant de signer le CDI
Avant de prendre une décision, plusieurs éléments méritent une vérification précise :
- Le salaire proposé en CDI est-il identique à celui du CDD, ou l’employeur profite-t-il de la transformation pour ajuster la rémunération à la baisse ?
- La convention collective applicable prévoit-elle des avantages spécifiques liés à l’ancienneté ou au statut CDI (primes, jours de congé supplémentaires) ?
- La durée de la période d’essai en CDI est-elle cohérente avec le poste, et que se passe-t-il si elle n’est pas concluante ?
- Le solde de tout compte du CDD (congés payés non pris, heures supplémentaires) sera-t-il bien régularisé au moment de la transformation ?
Sur ce dernier point, les retours terrain divergent. Certaines entreprises intègrent le solde dans la continuité du contrat sans régularisation formelle, ce qui peut créer des litiges ultérieurs. Demander un document écrit récapitulant les montants dus au titre du CDD avant de signer le CDI reste une précaution utile.

La simulation du passage CDD en CDI ne se réduit pas à un calcul d’indemnité de fin de contrat perdue. Elle suppose de mettre en regard un montant immédiat et des droits différés : ancienneté, indemnités de rupture futures, accès à l’épargne salariale, stabilité financière perçue par les tiers. La perte de la prime de précarité est certaine, le gain du CDI est conditionnel mais souvent supérieur dès lors que le contrat dure au-delà de quelques mois.

