Cevital : tout ce qu’il faut savoir sur ce groupe algérien industriel

Un conglomérat parti de presque rien et qui pèse aujourd’hui plusieurs milliards : la trajectoire de Cevital, premier groupe privé algérien, échappe aux schémas habituels. Dans un pays longtemps dominé par le secteur public, ce mastodonte s’est hissé en quelques années au sommet de l’industrie nationale. Fondé en 1998, Cevital s’est taillé une place de choix dans l’agroalimentaire, l’électroménager, la distribution ou encore la logistique. Plus de 18 000 salariés, des investissements massifs, une diversification à marche forcée : le groupe bouscule l’économie algérienne et s’impose comme un acteur de poids sur la scène régionale.

Comprendre les origines et l’évolution du groupe Cevital

L’histoire de Cevital commence dans l’Algérie post-indépendance, avec la vision d’Issad Rebrab. En 1998, il fonde un groupe privé à contre-courant, dans un paysage où l’État reste omniprésent et où l’initiative individuelle se heurte à la prudence ambiante. Pourtant, Rebrab ne se contente pas de suivre le courant. Il ose la diversification et l’intégration industrielle rapide : d’abord l’agroalimentaire, ensuite la sidérurgie, l’automobile, la distribution, puis la presse.

Voici les principaux secteurs où Cevital s’est imposé :

  • Agroalimentaire : première étape, fondement de la réussite du groupe
  • Sidérurgie : diversification industrielle pour gagner en autonomie
  • Automobile : développement de la distribution et de l’assemblage
  • Distribution : maîtrise de la chaîne logistique et du commerce
  • Presse : engagement dans les médias pour diversifier les activités

Ce modèle, rare dans la région, montre sa capacité à s’adapter aux aléas politiques et économiques du pays. Cevital s’impose alors comme un laboratoire de nouvelles pratiques économiques, à la fois audacieux et résilient face aux obstacles administratifs et aux suspicions d’arrière-pensées politiques, que Rebrab a toujours contestées.

Rien n’a été linéaire. Le groupe a franchi plusieurs étapes décisives : du commerce à l’industrie, de l’Algérie à l’international, du secteur unique à la diversification ciblée. Cette expansion ne tient pas seulement à la taille de Cevital, mais à sa capacité à anticiper les mutations, à investir dans les bons secteurs et à ne jamais se limiter aux frontières, qu’elles soient économiques ou géographiques. Pour Rebrab, viser loin n’est pas un obstacle, mais un levier de croissance.

Quelles sont les principales activités industrielles de Cevital aujourd’hui ?

Le pilier historique, c’est l’agro-industrie. Avec Cevital Agro Industrie à Béjaïa, le groupe a misé sur la transformation et la logistique : stockage portuaire, raffinage de sucre, production d’huiles et de margarines, boissons… La filiale alimente le pays et vise désormais l’export, renforçant la sécurité alimentaire nationale et ouvrant la voie à de nouveaux marchés.

Autre fer de lance : l’électroménager. La filiale Samha, implantée près de Sétif, va bien au-delà de l’assemblage. Plus de 70 % des composants sont produits localement, grâce à des synergies nouées avec des géants comme Samsung, Haier ou WEG. Le site fabrique réfrigérateurs, lave-linge, téléviseurs, climatiseurs, et développe ses propres cartes électroniques et moteurs électriques.

Quelques exemples illustrent cette stratégie d’intégration :

  • Alliance avec Haier : création d’une coentreprise pour produire de l’électroménager destiné à l’Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient
  • Développement du complexe industriel de Sétif : lignes d’assemblage, injection plastique, fabrication de moteurs avec WEG

Mais Cevital ne s’arrête pas là. L’internationalisation s’est accélérée avec le rachat de FagorBrandt (France) et Oxxo : le groupe exporte son savoir-faire, diversifie ses expertises, et s’attaque au marché européen. Côté automobile, l’assemblage et la distribution de Hyundai illustrent l’ouverture du portefeuille à des secteurs variés. Agroalimentaire, électroménager, port de Béjaïa, marchés africains et européens : la palette d’activités s’élargit sans relâche.

Réussites majeures et innovations : ce qui distingue Cevital

Cevital a su marquer des points là où peu d’entreprises privées algériennes avaient osé s’aventurer. La percée dans l’agroalimentaire a permis au groupe de passer du statut d’importateur à celui d’exportateur net, notamment grâce à sa raffinerie de sucre et à ses unités d’huiles alimentaires adossées à la logistique portuaire de Béjaïa. Les capacités de production dépassent largement la demande locale, ouvrant la voie à l’exportation.

À Sétif, le site Samha illustre la montée en gamme industrielle : 70 % d’intégration locale, de l’injection plastique à la conception de moteurs électriques, en partenariat avec WEG. La coentreprise avec Haier propulse la filière électroménager vers de nouveaux marchés africains et moyen-orientaux, alignant les standards locaux sur ceux de la concurrence internationale.

Parmi les avancées marquantes, on peut citer :

  • Le rachat de FagorBrandt : première percée d’un groupe algérien dans l’industrie européenne du petit et gros électroménager
  • L’acquisition d’Oxxo : diversification dans la menuiserie industrielle et le verre plat

L’innovation n’est pas qu’une affaire de machines ou d’export. Elle se joue aussi dans la structuration des filières, la sécurisation des approvisionnements et la capacité à investir vite, tout en gardant une organisation familiale souple et réactive. Cevital a construit son succès sur cet équilibre : produire localement, nouer des alliances mondiales, viser des marchés ciblés et ne jamais se reposer sur ses acquis.

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L’impact de Cevital sur l’économie et l’industrie algériennes

Cevital pèse lourd dans le paysage industriel algérien. Avec ses 10 000 salariés, il figure parmi les premiers employeurs privés du pays. Le chiffre d’affaires, qui atteint 2,6 milliards d’euros, se traduit par une activité intense dans l’agroalimentaire, l’électroménager et la distribution. Mais l’influence du groupe dépasse la seule performance financière : il contribue à structurer un tissu industriel encore fragile, là où le capital privé algérien reste rare.

En implantant ses usines près du port de Béjaïa, Cevital a redynamisé une région jusque-là en marge des grands courants industriels. La création de filières intégrées, tout particulièrement dans l’agroalimentaire et l’électroménager, a renforcé la compétitivité nationale. Formation des équipes, automatisation, investissements dans des équipements de pointe : ces leviers permettent à l’industrie algérienne de franchir un cap qualitatif.

Bien sûr, la croissance n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Le projet d’usine de trituration de graines oléagineuses, bloqué au port de Béjaïa par Serport, illustre la tension persistante entre initiative privée et contrôle public. Malgré ces obstacles, Cevital ne cesse de jouer un rôle de pionnier, exposant régulièrement ses innovations lors du Salon Djazagro au Palais des Expositions d’Alger Safex. Avec, en ligne de mire, un objectif affiché : porter le chiffre d’affaires à 25 milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

Cevital a démontré qu’un groupe privé algérien pouvait changer l’échelle du possible. Sur les rives de Béjaïa comme dans les usines de Sétif, l’histoire continue de s’écrire, chaque année plus ambitieuse. Qui sait jusqu’où ce géant ira demain ?